Le sens de la limite

Par Lpbw

NDLR. Tel que convenu, nous publions, à compter de la présente édition, des réflexions du réputé sociologue et théologien jérômien Jacques Grand’Maison. Réflexions que M.Grand’Maison a placées sous le thème "Des valeurs et repères dont on ne parle pas ou si peu dans l’état de nos mœurs actuelles".

VALEURS. J’aurais pu intituler ce propos: des limites pour une société viable. En presque tous les domaines, on joue la carte de l’illimité. Voyons-en l’ampleur. Quatre grands mythes ont marqué les décennies récentes.

-1950– Mythe d’une croissance économique sans limite, suivie aujourd’hui d’une concentration de la richesse avec une cupidité sans borne.

– 1960 – Une dynamique féconde de l’État-Providence qui, par la suite s’est souvent réduite à une société de services, et parfois sans se soucier de leur coût.

– 1970 – Libéralisation des mœurs et son tout permissif.

– 1980 – (à aujourd’hui), le mythe qui commande d’être à la fois et pour toujours jeune, beau, riche, en parfaite santé et libre de tout lien et contrainte.

La démesure

D’où la question : pourquoi sombrons-nous si souvent dans la démesure?

On trouve cette interrogation dans les deux sources de l’histoire occidentale, la civilisation grecque antique et dans la Bible.

C.f : Annexe 11

Je retiens deux repères concrets de la valeur et du sens de la limite.

Dans une famille saine, l’enfant reçoit des mêmes personnes la possibilité de réaliser ses désirs et l’ordre de les limiter. Voilà deux apprentissages fondamentaux non seulement pour l’éducation première, mais aussi pour une société viable et des citoyens démocratiquement responsables.

Le deuxième repère est peut-être le plus méconnu aujourd’hui. Il s’agit de l’interdit. On a retenu de lui que le côté négatif et nocif. Pourtant, il n’y a pas de société viable, ni de civilisation véritable sans interdit. Celui-ci comporte trois composantes fondatrices de la société humaine.

-Ce qui permet un vivre ensemble sain

-Un repère de conduite

-Une radicalité morale

L’interdit de l’inceste, par exemple, a permis historiquement à des tribus ennemies de sortir de la violence, grâce à des mariages inter-claniques.

Le dépassement

Certes, la valeur de la limite ne met pas en cause la dynamique du dépassement. Mais celui-ci, lui aussi, doit reconnaître ses limites.

Les « absolus » refusent souvent tout questionnement et toute distance critique sur eux-mêmes.

Mais c’est peut-être la culture narcissique du Moi, Moi, Moi qui est la plus inquiétante. Sa pop-psychologie ne connaît pas de limite : « Tu as tout en toi, tu peux toute-toute. »

Des sages ont dit avec raison que les êtres humains ne supportent qu’une partie du réel, tout le contraire de la situation d’aujourd’hui du trop de réel en tout et partout.

Par exemple, le bombardement médiatique quotidien de tous les problèmes du monde et de notre société. Sans une spiritualité ou une philosophie de la finitude humaine, on n’a pas de discernement intérieur pour faire la juste part des réalités avec le consentement aux limites de soi-même.

Jacques Grand’Maison

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