Rentrée nostalgique
Par Journal-le-nord
Que vous soyez touché directement ou indirectement, cette année, la nostalgie était particulièrement à l’honneur pour cette rentrée scolaire. Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, la tendance parentale sur les réseaux sociaux a été de placarder des photos « avant-après » du genre : « voici mon p’tit loup à la garderie il y a quelques années et le voici ce matin au secondaire ! ». Le tout était accompagné d’une pléiade d’onomatopées et d’interjections toutes plus émotives les unes que les autres, c’était de toute beauté !
Un signe des temps
Je dois avouer, ce phénomène très répandu de montages photos nostalgiques truffées de commentaires ponctués de « bang ! » et de « ouf ! » sur Facebook est vraiment fascinant. Fascinant, car une question s’impose: qu’est-ce que les gens faisaient dans le temps, avant l’ère des réseaux sociaux ? Vous savez, je parle de l’époque où les photos étaient bien rangées dans des albums en genre de carton plastifié, contenant les précieux trésors finis mats ou glacés, développés en simple ou en double chez Direct Film ou PJC !
Mais rassurez-vous, aujourd’hui les parents n’ont plus à se soucier de partir à la chasse aux albums empoussiérés, ce sont nos enfants qui, téléphonent à la main, sont maintenant en mesure de prendre un égoportrait et de vous l’envoyer directement à partir de l’école de quartier.
L’Ontario, la proactive
Nos voisins ont tranché : à partir du 4 novembre, plus de cellulaires (ni appareils électroniques) ne seront tolérés en classe dans les écoles ontariennes – le gouvernement en a fait officiellement l’annonce la semaine passée.
Alors que certains affirment que cette mesure est arriérée, et que l’école doit cautionner cette réalité électronique, d’autres, comme le jeune ministre ontarien de l’Éducation Stephen Lecce, 32 ans, croient à juste titre que les élèves doivent pouvoir se concentrer sur leur matière plutôt qu’être distraits par leur cellulaire.
Dans l’antichambre de nos écoles
Ne pensez pas que la question d’interdire les cellulaires en classe n’est pas abordée dans nos écoles, tant publiques que privées – j’ai d’ailleurs été participant de plusieurs échanges au fils des dernières années. Vous savez quoi ? Chaque fois, j’étais un des seuls sur des concertations de dizaines de personnes (parents et membres de la direction) à trouver que le cellulaire n’était pas nécessaire à l’école, voir une nuisance, spécialement en classe. Cette position m’a valu plusieurs sourcillements et commentaires désobligeants, me faisant souvent sentir comme un ultraconservateur centenaire totalement dépassé !
La direction sort l’argument (louable) de la complexité à appliquer le règlement (chat et souris) et plusieurs parents revendiquent le droit de pouvoir joindre leurs enfants en tout temps, « si jamais il y avait une urgence, ou un changement d’horaire ». Le problème de dépendance aux électroniques, chers lecteurs, il ne vient pas uniquement des jeunes, mais aussi des parents qui cautionnent et sonnent la charge.
L’avant électronique
Comme la majorité, j’ai connu l’époque sans cellulaire, et même si plusieurs s’époumonent dans une psychose collective à affirmer que ces boulets modernes sont essentiels, j’ai survécu. Quand ma mère qui combinait les emplois entre St-Jérôme et Ste-Agathe était en retard pour venir me chercher à l’école, elle prenait le téléphone à roulette, et appelait simplement la secrétaire. Il n’y avait aucune « urgence » qui ne pouvait pas attendre.
J’ai la forte conviction que l’avènement électronique a créé de faux besoins auxquels nous nous sommes depuis imposé l’obligation de combler. Lorsque c’est utilisé pour partager notre relation d’ambiguïté face au temps qui ne cesse d’avancer, lire, des clichés de la rentrée, ça peut encore passer. Mais lorsque les outils de partage deviennent nos geôliers, je dis c’est assez.
Saint-Exupery à dit « La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi ». C’est drôlement vrai. Au fond, la superposition des images lors de publications n’est-elle pas une noble tentative pour chercher le réconfort dans le regard de l’autre, en réaction à notre impuissance collective à arrêter le temps ? Ainsi soit-il.
Jean-Claude Tremblay
jctremblayinc@gmail.com